COTE D’IVOIRE / Paludisme : Des organisations de la société civile plaident pour un budget de la santé porté à 15 %
Abidjan, le 2 juillet 2026
Les organisations de la société civile engagées dans la lutte contre le paludisme ont lancé, jeudi 2 juillet, un vibrant appel au gouvernement ivoirien afin qu'il porte à 15 % la part du budget national consacrée à la santé, conformément à la Déclaration d'Abuja. Cette mobilisation, organisée au siège du Réseau des organisations de lutte contre le paludisme en Côte d'Ivoire (ROLPCI), Cette initiative s'inscrit dans le cadre du projet WAVE (Women Accelerating Victory towards Malaria Elimination), soutenu financièrement par Speak Up Africa et mis en œuvre en Côte d'Ivoire par Voix Essentielles. Le projet est conduit en partenariat avec l'ONG Association pour la promotion de la santé de la femme, de la mère, de l’enfant et de la famille (APROSAM) le Réseau des organisations de lutte contre le paludisme en Côte d'Ivoire (ROLPCI) ainsi que d'autres organisations de la société civile bénéficiaires, dans le but de renforcer le plaidoyer, la mobilisation communautaire et le leadership des femmes pour accélérer l'élimination du paludisme en Côte d'Ivoire.
La conférence de presse a réuni plusieurs acteurs de la société civile et des partenaires engagés dans la lutte contre le paludisme. À la table de séance figuraient de la gauche à la droite, Mme TIE LIdwine chef de projet voix essentielles. Monsieur Sant-Anna, président du Conseil d'administration du ROLPCI, et Monsieur Konan Aristide, directeur administratif et financier de l'ONG APROSAM.
Prenant la parole, Mme Tie Lidwine, cheffe de projet Voix Essentielles, a dressé un tableau préoccupant de la situation du paludisme en Côte d'Ivoire. Selon elle, malgré les efforts consentis ces dernières années, cette maladie demeure la première cause de consultation médicale et de mortalité dans le pays.
« Aujourd'hui, nous lançons un appel solennel et public. Nous sonnons la mobilisation générale pour briser le statu quo et exiger un changement radical dans la lutte contre le paludisme en Côte d'Ivoire », a-t-elle déclaré.
S'appuyant sur les données épidémiologiques nationales, elle a indiqué que l'incidence du paludisme est passée de 106 ‰ en 2013 à 281,92 ‰ en 2024. Chez les enfants de moins de cinq ans, cette incidence est passée de 302,61 ‰ à 921,49 ‰ sur la même période. Si la mortalité a reculé, passant de 1 534 décès en 2022 à 1 027 en 2025, les femmes enceintes et les jeunes enfants demeurent les principales victimes de cette maladie.
Pour Mme Tie Lidwine, cette situation s'explique en grande partie par l'insuffisance des ressources consacrées à la santé. Elle a rappelé que, sur un budget national de 17 350 milliards de FCFA prévu pour l'exercice 2026, seulement 808 milliards de FCFA, soit environ 4 %, sont alloués au secteur de la santé, loin des 15 % recommandés par la Déclaration d'Abuja.
« La santé des Ivoiriens n'est pas un coût, c'est l'investissement le plus rentable pour le développement de notre pays », a-t-elle soutenu, avant d'ajouter que « l'heure n'est plus aux promesses, l'heure est au financement ».
Au nom des organisations de la société civile, elle a formulé plusieurs recommandations. Celles-ci portent notamment sur l'augmentation progressive du budget de la santé jusqu'à 15 %, l'extension de la prise en charge communautaire du paludisme aux adolescents et aux adultes dans les zones reculées, le renforcement du leadership des femmes dans la lutte contre cette maladie ainsi qu'une plus forte implication des collectivités locales et du secteur privé dans le financement de la santé.
Intervenant à son tour, M. Nazehe, responsable suivi évaluation du ROLPCI, a mis en garde contre la forte dépendance de la Côte d'Ivoire vis-à-vis des financements extérieurs.
« Le retrait ou la réduction de l'appui de partenaires comme l'USAID doit être perçu comme une véritable leçon pour notre pays », a-t-il affirmé.
Selon lui, une grande partie des résultats obtenus dans la lutte contre le paludisme a été rendue possible grâce aux contributions des partenaires techniques et financiers, ce qui révèle la dépendance persistante du système de santé ivoirien vis-à-vis des financements extérieurs.
« Le paludisme demeure encore un problème majeur de santé publique en Côte d'Ivoire, et beaucoup reste à faire », a insisté Monsieur Nazehe.
Il a également souligné l'importance de la prévention, de l'éducation communautaire et du changement de comportement. « La lutte contre le paludisme ne peut pas se limiter au traitement des malades. Elle doit aussi reposer sur la prévention, l'éducation communautaire et le changement de comportement », a-t-il déclaré.
Le responsable suivi évaluation du ROLPCI a mis en avant le rôle central des femmes, qu'il considère comme des actrices essentielles de la sensibilisation, de la prévention et de la prise de décision au sein des ménages. Il a par ailleurs appelé les médias à maintenir la question du paludisme dans le débat public afin de favoriser une mobilisation durable des populations.
De son côté, Monsieur Sant-Anna, président du Conseil d'administration du ROLPCI, a expliqué que son organisation s'est mobilisée pour porter le débat sur les nouveaux défis liés à la lutte contre le paludisme.
En tant que président de l'association, nous avons mobilisé notre organisation pour porter la discussion sur les nouveaux enjeux et les nouveaux contextes de la lutte contre le paludisme », a-t-il indiqué.
Il a attiré l'attention des pouvoirs publics sur l'insuffisance des moyens accordés à la société civile et a plaidé pour que ces insuffisances soient comblées afin de permettre la mise en œuvre de solutions adaptées et durables.
Au terme des échanges, les organisations participantes parmi lesquelles APROSAM, ROLPCI, Renaissance Santé Bouaké, Engage and Share, Voix Essentielles, Speak Up Africa, CCM et ARSIP ont réaffirmé leur volonté de poursuivre le plaidoyer auprès des autorités ivoiriennes.
À travers cette conférence de presse, les acteurs de la société civile espèrent obtenir une plus grande mobilisation nationale autour du financement de la santé, du renforcement des actions communautaires et de l'accès universel aux services de lutte contre le paludisme. Pour eux, l'élimination de cette maladie en Côte d'Ivoire passe désormais par une volonté politique forte et par des investissements publics à la hauteur des enjeux sanitaires du pays.
Hading Newman Kouassi |